Les socialistes soutiennent avec réserve l'offensive de Mme Royal (Le Monde, 11.07.08)

Publié le par francoisalex

Durement critiquée par François Fillon et l'UMP pour avoir relevé "une drôle de coïncidence" entre la mise à sac de son appartement et ses attaques contre le président de la République, Ségolène Royal voit le Parti socialiste lui témoigner - pour l'occasion - sa solidarité, non sans une certaine gêne.

Alors que Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, a considéré jeudi que Mme Royal, "qui a vécu, comme des centaines de milliers de Français, un cambriolage (...) devrait avoir droit à une aide psychologique", François Hollande, a dénoncé "des faits graves qui n'ont pas concerné que Ségolène Royal". "Il y a un climat", a assuré M. Hollande, qui a évoqué le cas de Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, qui a porté plainte le 11 juin après avoir découvert sa porte de garage ouverte et du matériel électronique dans sa voiture ; et celui d'Olivier Besancenot : une enquête préliminaire a été ouverte après la publication d'informations affirmant que le porte-parole de la LCR avait été espionné par une officine de renseignement privé.

Candidat au poste de premier secrétaire, Pierre Moscovici a jugé "normal" que Mme Royal "demande des explications au pouvoir", tout en se disant "réservé sur son positionnement". Laurent Fabius a refusé "d'entrer dans la polémique", mais a affirmé déjà avoir eu le sentiment d'être "suivi, écouté, espionné". Les socialistes s'indignent en particulier que la deuxième mise à sac, depuis 2006, de l'appartement de Mme Royal à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) n'ait suscité aucune réaction de la part du gouvernement. "Dans n'importe quelle démocratie, une autorité aurait réagi. Là, rien ne s'est passé", s'indigne Jean-Louis Bianco, député des Alpes-de-Haute-Provence.

"FORMULATION MALADROITE"

Mme Royal n'en a pas moins provoqué une certaine gêne parmi les socialistes. Sans rien céder sur le fond, certains dans son entourage regrettent "une formulation maladroite". "Même si ce que j'ai dit est un peu carré, ce n'est rien à côté de ce que les gens vivent et de l'exaspération que je constate autour de moi", a indiqué au Monde l'ancienne candidate. "Elle a raison, Sarkozy durcit sa politique mais il faut éviter de le présenter comme une victime car c'est le rôle qu'il préfère", tempère Julien Dray, candidat lui aussi au poste de premier secrétaire. "Ségolène Royal doit éviter de se laisser entraîner sur le terrain de la violence verbale. Elle doit, aussi, prendre garde à l'effet-miroir Sarkozy-Royal hérité de l'élection présidentielle", suggère de son côté Michel Sapin, député de l'Indre et proche de M. Hollande.

A l'approche du congrès de Reims, en novembre, les socialistes commencent à envisager des regroupements. Après la phase des contributions, les manoeuvres de rapprochement ont débuté afin de constituer les alliances autour des motions qui seront soumises aux adhérents. Les partisans de M. Hollande ménagent Mme Royal avec laquelle ils se proposent de jeter les bases d'une large alliance... à condition qu'elle renonce au poste de premier secrétaire. Les grands élus réunis au sein de "La ligne claire" - proches de Mme Royal mais eux aussi hostiles à la désignation d'un premier secrétaire "présidentiable" (c'est-à-dire Ségolène Royal, Bertrand Delanoë mais aussi Martine Aubry) visent le même objectif. Ils ont rendu public jeudi un appel aux signataires des autres contributions. Ce texte "clairement réformiste", destiné à devenir "le socle d'une motion de rassemblement à vocation majoritaire", prévoit que le candidat socialiste à l'élection présidentielle sera désigné via l'organisation de "primaires" parmi les sympathisants. " Notre candidat à la direction du parti se trouvera peut-être parmi ceux qui signeront cet appel", assure le maire de Lyon, Gérard Collomb. M. Moscovici pourrait-il en être ? "Ce serait un rapprochement logique", assure le leader du courant strauss-kahnien.


Jean-Michel Normand

Cambriolage de 2006 : une suspecte identifiée

Une femme de 23 ans originaire de l'ex-Yougoslavie et actuellement recherchée a été identifiée par les services de police comme un possible auteur du cambriolage du domicile de Ségolène Royal le 16 août 2006, a fait savoir, jeudi 10 juillet, le ministère de l'Intérieur. Alors que le dossier avait été clos en mars 2007, le ministère précise que l'identification a été réalisée le 30 juin à partir d'une empreinte digitale retrouvée sur place par les enquêteurs en 2006. C'est un nouveau passage de cette empreinte dans le fichier spécialisé qui l'a finalement permise et va conduire le parquet de Nanterre à rouvrir le dossier. Après l'effraction du 27 juin au domicile de Mme Royal, "deux autres empreintes ont été retrouvées", mais n'ont pas encore été identifiées à ce stade, selon la police. "Pourquoi apprend-on aujourd'hui que le dossier a été rouvert sur une information déjà acquise ? Personne ne nous en avait informés. Décidément, le mystère s'épaissit", s'est étonné jeudi Me Jean-Pierre Mignard, avocat de l'ex-candidate socialiste. Celui-ci indique avoir engagé des contacts avec le ministère de l'intérieur afin que la protection de Mme Royal soit renforcée.

Article paru dans l'édition du 12.07.08

Les socialistes soutiennent avec réserve l'offensive de Mme Royal
LE MONDE | 11.07.08 | 15h13  •  Mis à jour le 11.07.08 | 15h13

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