L'allocation chômage doit être comprise comme une assurance nécessaire pour que le processus schumpetérien de destruction créatrice sur le marché du travail soit accepté (Les Echos, 31/05/2007)

Publié le par François Alex

delplaechos.jpgSans financement de grande ampleur de l'assurance-chômage, la réforme annoncée du contrat de travail unique risque d'être partielle et inefficace. Réformer le marché du travail est la mère des batailles de ce quinquennat ; la plupart des maux qui rongent notre économie découlent du fort chômage et du sous-emploi. On connaît le diagnostic : la France a l'un des droits du travail les plus rigides de la zone OCDE, ce qui décourage l'embauche, maintient un taux de chômage élevé et bride l'innovation. En outre, notre marché du travail est dual, entre employés en CDI très protégés et travailleurs précaires. On connaît aussi la solution, elle vient d'Europe du Nord avec cette intuition géniale : remplacer l'illusoire protection des emplois par une protection des employés avec une forte assurance chômage.

C'est le triptyque de la flexisécurité à la danoise :

1) libéralisation complète des conditions d'embauche et de licenciement, avec un contrat unique de travail ;

2) forte assurance chômage qui compense le désagrément des (courts) passages par la case chômage, avec 90 % du dernier salaire (plafonné à 1.900 euros) ;

3) politiques d'accompagnement vers l'emploi, avec arrêt des allocations après le deuxième ou troisième refus de prendre un travail proposé.

Cette flexisécurité est à l'opposé de ce qu'écrivait Jacques Rueff en 1931 dans son célèbre article, « L'Assurance chômage, cause du chômage permanent ». Au contraire, l'allocation chômage doit être comprise comme une assurance nécessaire pour que le processus schumpetérien de destruction créatrice sur le marché du travail soit accepté.

Nicolas Sarkozy a deux options devant lui.

Première option : il joue petit braquet et réforme le Code du travail à la marge afin d'obtenir un CDI moins contraignant, mais sans le libéraliser complètement - afin de ne pas s'aliéner les syndicats. Et pour réduire les déficits publics, il ne change pas l'indemnisation du chômage. Il en résulterait à moyen terme une petite baisse du taux de chômage, mais ce serait une belle occasion manquée de modeler le marché du travail français à l'image des pays les plus performants.

Deuxième option : il embrasse une réelle stratégie de flexisécurité à la danoise. Les créations d'emplois et la croissance seront au rendez-vous, mais à quel prix pour les finances publiques ?

Avec Charles Wyplosz, j'ai, dans notre récent livre « La Fin des privilèges, payer pour réformer », estimé le coût de l'assurance d'une flexisécurité à la danoise en France. Nous supposons que les chômeurs seraient indemnisés à hauteur de 90 % de leur dernier salaire (plafonné au salaire médian) ou à défaut 90 % du SMIC, (contre 73 % aujourd'hui). Cette assurance-chômage généreuse serait offerte à la fois aux actuels 2,2 millions de chômeurs, mais aussi aux autres demandeurs d'emploi non indemnisés (1,8 million de personnes). Avec des hypothèses prudentes, nous trouvons un coût élevé pour l'assurance chômage (Unedic) en première année (3,2 % au lieu de 1,5 % du PIB), ce qui est normal au vu du nombre de chômeurs à indemniser. Mais ce coût décroîtrait rapidement avec la libéralisation du marché du travail (moindres dépenses d'assurance-chômage et cotisations supplémentaires). Le surcoût cumulé total sur les cinq premières années d'une telle flexisécurité serait de 115 milliards d'euros, soit 6,3 % du PIB (mais au-delà de cinq ans, le coût cumulé diminuerait avec le retour au plein emploi). Avec une dette publique à 65 % du PIB est-ce raisonnable ? Non, si on lit le traité de Maastricht de manière étroite. Oui, si l'on se dit que c'est le prix global pour remettre la France au travail et résoudre définitivement le problème du fort chômage structurel.

Sommes-nous prêts à emprunter et à dépenser 6,3 % du PIB sur cinq ans en échange d'un marché du travail qui enfin fonctionnerait et qui permettrait à la France de gagner un demi ou un point de croissance ? A cette question, il est probable que les Français diraient oui à une large majorité, tant la lancinante question du chômage mine la société française. Et, cette dette serait remboursée à terme par les gains de croissance liés à la flexisécurité.

Titre: Marché du travail: le coût d'une réforme réussie

Auteur: JACQUES DELPLA

Les Echos, 31/05/2007

JACQUES DELPLA est membre du Conseil d'analyse économique

Publié dans FLEXICURITE

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