Ce n'est pas faute de s'opposer, mais faute de proposer, que le PS a perdu de nouveau l'élection présidentielle. (Le Monde, 26/05/2007)

Publié le par François Alex

segodskfab.jpgDanger ! Les législatives peuvent anesthésier le PS, par Patrick Jarreau

 

Les socialistes, littéralement, ne savent plus où ils habitent. Chez François Hollande ? Chez Ségolène Royal ? Chez Dominique Strauss-Kahn ou Laurent Fabius ? La crise que le Parti socialiste subit aujourd'hui est la plus grave depuis sa défaite aux élections législatives de 1993.

Pourtant, le PS semble en mesure d'échapper à une déroute parlementaire de l'ampleur de celle qu'il avait connue il y a quatorze ans. A l'époque, les socialistes et apparentés, qui étaient 275 dans l'Assemblée sortante, étaient revenus 57. Cette maigre troupe de rescapés comptait d'ailleurs dans ses rangs Ségolène Royal, réélue contre toute attente dans une circonscription réputée conservatrice, et Julien Dray, réélu dans l'Essonne. Les députés du groupe se démultipliaient pour représenter leur parti dans les diverses commissions, faire illusion aux séances de questions télévisées et assurer le "tour de bête", en séance publique, aux côtés de ceux d'entre eux qui étaient plus directement compétents sur l'ordre du jour.

Les socialistes ne sont pas menacés d'un tel sort cette année, loin de là. Les projections faites par l'institut de sondage BVA, à partir d'une enquête d'intentions de vote effectuée les 14 et 15 mai, prédisaient au PS entre 151 et 200 députés, contre 149 dans l'Assemblée sortante (qui en compte 572, cinq sièges étant vacants). Naturellement, les choix des électeurs ont le temps de varier d'ici aux 10 et 17 juin. Des sondages plus récents, comme celui d'Ipsos réalisé le 19 mai, indiquent une progression des intentions de vote pour les candidats de la majorité présidentielle.

Pour autant, le PS est en mesure de conserver, à l'Assemblée nationale, les moyens d'exercer une opposition efficace face à une droite puissante et conquérante. Cela s'explique d'abord par le fait que, l'élection présidentielle précédant les législatives, Ségolène Royal a su fédérer un électorat - près de 47 % des voix - qui ne va pas s'évanouir en cinq semaines. Au surplus, la candidate socialiste l'a emporté sur Nicolas Sarkozy dans 65 circonscriptions détenues aujourd'hui par la droite ou le centre, alors que le vainqueur ne l'a devancée que dans 38 circonscriptions de gauche. Le potentiel de gains, sur la base des résultats du 6 mai, est donc plus important pour le PS.

Pour le PS, parce que - c'est un autre atout sorti de la présidentielle - la concurrence de la gauche non socialiste s'est considérablement affaiblie. Le "vote utile", qui a profité à Ségolène Royal, peut servir de la même façon, demain, les candidats socialistes, qui apparaîtront aux électeurs de gauche comme les plus à même de faire contrepoids au président de la République et à ses partisans dans les débats parlementaires. Enfin, même si François Bayrou et son Mouvement démocrate ne sont pas en mesure d'imposer toutes les "triangulaires" dont le premier tour de la présidentielle pouvait les faire rêver, les candidats de ce nouveau centre d'opposition pourront prolonger la fissure que leur chef de file a produite dans l'électorat traditionnel de la droite.

Le Parti socialiste se trouve ainsi dans une situation paradoxale. Il conserve toutes ses chances et dispose même de chances renforcées en tant que parti d'opposition. Il peut placer des espoirs dans un mécanisme comparable à celui qui lui avait permis de remporter les régionales en 2004 (et de s'endormir sur ce succès généreusement offert par la loi des élections intermédiaires).

Mais cette opportunité est ce dont les socialistes ont le moins besoin. Ce n'est pas faute de s'opposer, mais faute de proposer, que le PS a perdu de nouveau l'élection présidentielle. Sans souhaiter à la gauche de retourner aux catacombes des premiers temps du gaullisme, il faut craindre qu'elle ne se croie sauvée à trop bon compte.

Patrick Jarreau
Article paru dans l'édition du 26.05.07.
LE MONDE | 25.05.07 | 13h31  •  Mis à jour le 25.05.07 | 15h35

Publié dans BIG BANG

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