S’il l’avait limité à ses amis de l’UMP, on aurait entendu les mêmes parler de la "bunkerisation" et de l’enfermement du nouveau Président. (Nouvel Obs, 19/05/2007)

Publié le par François Alex

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Chapeau l'artiste !

Les socialistes pourront vitupérer (cette "pseudo ouverture", selon Jean-Pierre Chevènement, cette "manœuvre pour affaiblir le PS avant les législatives", selon un autre de leurs députés) mais Sarkozy a réussi un fameux coup avec son nouveau gouvernement. S’il l’avait limité à ses amis de l’UMP, on aurait entendu les mêmes parler de la "bunkerisation" et de l’enfermement du nouveau Président. Comme l’a noté Charles Pasqua, Sarkozy est en train de "tenter l’ouverture qu’aurait dû faire Jacques Chirac en 2002" après avoir été élu avec 82 %. Dès le départ, c’est aussi ça la "rupture" avec Jacques Chirac.

L’ouverture ce n’est pas seulement la présence de deux ministères régaliens offerts à Bernard Kouchner et à Hervé Morin (UDF). Car il n’y a pas qu’Eric Besson, traître de comédie, passé sans transition des estrades du PS à celles de l’UMP. Il y a Jean-Pierre Jouyet, ami du couple Royal-Hollande, et ancien collaborateur de Jacques Delors à l’Europe qui s’était prononcé avant le 1er tour pour une alliance entre Ségolène et Bayrou. Il y a Martin Hirsch, ancien président d’Emmaüs. Et ne faut-il accorder aucune importance au changement de nom du Ministère à "l'immigration" et "l'identité nationale" auquel on a ajouté "l'intégration" et le co-développement", évidemment pour désarmer les critiques ?

Avec cette ouverture, ce gouvernement resserré, cette (presque) parité hommes-femmes, Sarkozy met évidemment le parti socialiste dans l’embarras à la veille des législatives. Mais le plus meurtri, c’est François Bayrou qui voit ses idées appliquées par l’homme dont il se voulait le principal opposant. Alors quelles seront les limites de cette ouverture ? On le saura rapidement le jour où, pour ne prendre qu’un exemple, Nicolas Sarkozy décidera la franchise sur les remboursements de soins que Bernard Kouchner jugeait, il y a peu, "hypocrite" et "très mauvaise". Bien sûr qu’il y a, dans le choix de Kouchner une part d’aventure individuelle. Il rêve depuis longtemps de ce ministère. À 67 ans, c’était sa dernière chance. Mais son pari d’entrer dans le gouvernement de l’homme qui voudrait "liquider l’héritage de 68" peut apparaître comme un manque de loyalisme à ses idées. Comme un manque de fidélité à une histoire dont il fut l’une des icônes. J.-M. B.

NOUVELOBS.COM | 19.05.2007 | 13:01

(photo)
par Jean-Marcel Bouguereau, rédacteur en chef au Nouvel Observateur et éditorialiste à la République des Pyrénées, pour laquelle a été rédigé cet article

Publié dans MITBESTIMMUNG

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deslilas 19/05/2007 19:36

La fameuse "Gauche Américaine" termine son périple là où où on l'attendait depuis longtemps dans la droite décomplexée, atlantiste et libérale à souhait.La prétendue ouverture à la sauce Sarkozy n'est jamais que la décantation du paysage politique français dans une période d'euphorie médiatique post-électorale.2007 est le remake de 1974 avec la même complaisance médiatique envers l'habileté perverse de Sarkozy que celle dont avait bénéficié le jeune VGE fraichement élu. Un "air frais" soufflait sur l'Elysée et la France voulait être gouvernée au centre.Tout le monde connait la suite (ou devrait la connaître), ce n'est qu'une question de temps.