La logique des ambitions individuelles et la défaite du PS se rejoignent. La refondation de la gauche va prendre du temps (Nouvel Obs, 14/05/2007)

Publié le par François Alex

NouvelObs.com

 

"Des convictions politiques contrebalancées par les égos "

 

Comment expliquez-vous l'intérêt de certains hommes politiques de gauche comme Hubert Védrine ou Bernard Kouchner pour Nicolas Sarkozy ?

- Les gens qui sont sollicités par Nicolas Sarkozy ont un parcours à la marge. Soit à la marge du PS, où ils n'ont pas les responsabilités que, peut-être, ils auraient souhaité avoir. Soit à la marge de la gauche, parce qu'ils se sont rapprochés d'une posture de centre, exception faite de Védrine dans ce cas. Mais il estime peut-être ne pas avoir été assez consulté ces dernières années. Il s'agit en tout cas d'un phénomène ni brutal ni surprenant.

Fondamentalement, ces hommes politiques ont un point commun générationnel. Ils considèrent que Sarkozy est là pour longtemps et veulent servir le pays tant qu'ils le peuvent ou, au moins, bien finir leur carrière. Ils souhaitent continuer à exercer des responsabilités.

Pensez-vous qu'Hubert Védrine ou Bernard Kouchner vont accepter un poste ministériel ?

- C'est très difficile de savoir. Il faut qu'ils se mettent d'accord sur leur latitude d'action. Les Affaires étrangères, qu'on a évoquées comme ministère potentiel de Kouchner ou Védrine, est le poste sur lequel le président a la haute main et on voit mal comment ce poste pourrait être confié à un homme de gauche sans une feuille de route très claire.

Kouchner.jpgIl s'agirait en fait soit d'une nomination valable jusqu'au lendemain des législatives, soit de l'accession d'emblée à un poste circonscrit. Quelqu'un comme Kouchner pourrait négocier un tel poste, avec une liberté d'action sur les dossiers humanitaires, sur les questions africaines. Un ministre de gauche à ce poste pourrait aussi se laisser imposer un secrétaire d'Etat qui le marquerait à la culotte.

C'est l'instauration de relations compliquées. Mais le phénomène n'est pas nouveau: on nomme à la tête d'un ministère quelqu'un qui incarne l'ouverture avant de mettre de l'ordre quelques mois plus tard.

Ces attirances vers la droite signifient-elles que la crise au PS est particulièrement profonde ?

- La logique des ambitions individuelles et la défaite du PS se rejoignent. La refondation de la gauche va prendre du temps. Certains savent qu'ils n'y joueront pas le 1er rôle. Quelqu'un comme Kouchner aurait pu jouer un rôle au sein du nouveau Mouvement démocrate, mais le lâchage de Bayrou par la grande majorité des députés UDF l'a peut-être amené à penser qu'il n'y avait pas de voie de salut de ce côté-là.

La crise fait apparaître aux plus anciens que la gauche ne sera pas bientôt au pouvoir et qu'il faut faire avec Sarkozy. C'est une question de débouchés politiques. Mais ces départs ne concernent que des individus qui n'entrainent pas derrière eux des hordes de sympathisants.
Ces consultations sont surtout le signe d'une grande habileté politique de Nicolas Sarkozy.

L'ouverture aux autres partis est une manière de s'adresser aux 18% qui ont voté Bayrou et de flanquer un dernier coup sur la tête de la gauche. N'oublions pas que nous sommes toujours en campagne pour les législatives. C'est dans la logique du président élu de vouloir s'ouvrir, il a tout intérêt à le faire. En face, les convictions politiques sont contrebalancées par les égos et la justification du service de la patrie.

Propos recueillis par Céline Lussato
(le lundi 14 mai 2007)

NOUVELOBS.COM | 14.05.2007 | 17:53

Publié dans BIG BANG

Commenter cet article