Eric Besson a également réfléchi à l'organisation d'une structure commune avec l'association La Diagonale, qui regroupe les "sarkozystes de gauche" (Le Monde, 10/05/2007)

Publié le par François Alex

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L'"ouverture" de Nicolas Sarkozy séduit certains socialistes 

De droite ? sûrement. Démocrate ? évidement." Ce jugement est signé Jacques Attali. Dans le numéro spécial que L'Express consacre cette semaine à l'élection présidentielle, l'ancien conseiller de François Mitterrand revient sur son "amitié" paradoxale avec Nicolas Sarkozy : "Il aurait dû détester tout ce que je représentais, pourtant il n'hésitait pas à me dire son admiration pour François Mitterrand et son mépris pour la plupart de ses amis politiques."
A l'heure où M. Sarkozy a promis des "surprises" et une "ouverture à gauche" dans son prochain gouvernement, l'hommage d'un des principaux mitterrandiens n'est pas inutile. Ce sont d'ailleurs ceux-là qui regardent le prochain chef de l'Etat avec le plus d'indulgence. Roger Hanin et Max Gallo l'ont rejoint.
FRANÇOIS MITTERRAND "QUI AVAIT DES LETTRES" 

L'écrivain et éditorialiste Georges-Marc Benamou, qui fut le confident du président socialiste, a travaillé pour lui au cours de la campagne. Anne Lauvergeon, ex-sherpa de François Mitterrand, l'a chaleureusement guidé lors d'une visite chez Areva à Chalon-sur-Saône. Le sénateur PS du Puy-de-Dôme, Michel Charasse, l'a reçu dans sa mairie de Puy-Guillaume.

"Il y a de l'homme d'Etat en Sarkozy", explique M. Benamou pour expliquer l'attraction qu'exerce le président de l'UMP sur les proches de l'ancien président. En retour, M. Sarkozy a vanté dans certains meetings François Mitterrand - "qui avait des lettres" - pour mieux enfoncer le Parti socialiste de François Hollande et de Ségolène Royal qui s'offusquait de ses références à Jean Jaurès et à Léon Blum.

D'autres contacts ont eu lieu avec des jospinistes. Claude Allègre, ancien ministre de l'éducation nationale et opposant de l'intérieur à Ségolène Royal, a été photographié en sortant du QG de la rue d'Enghien à la veille du second tour.

"LE SECRET DU VOTE" 

Dimanche 6 mai, M. Sarkozy a évoqué devant ses visiteurs les noms de Jean-Pierre Jouyet, ancien directeur de cabinet de Jacques Delors et proche du couple Hollande-Royal, et Denis Olivennes, patron de la Fnac et réputé proche de Laurent Fabius, en affirmant qu'ils l'avaient "rejoint" après avoir affiché leur soutien à François Bayrou pendant la campagne.

Cités dans un article du Figaro expliquant qu'ils voteraient Sarkozy au second tour de la présidentielle, ils s'étaient tous deux abrités derrière "le secret du vote" pour corriger, sans la démentir, cette information.

Des liens ont également été noués avec certains autres des signataires de l'appel des Gracques, ces hauts fonctionnaires qui avait appelé le PS à s'ouvrir au centre.

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Ces approches et ces amabilités suffiront-elles à faire aboutir son projet d'"ouverture à gauche" ? Pour l'heure la constitution du "pôle gauche" confié à l'ancien responsable des questions économiques du PS, Eric Besson, n'a produit aucun ralliement. M. Besson a animé dans l'entre-deux-tours deux réunions avec des hauts fonctionnaires et des anciens membres de cabinet de ministres de gauche. Il a également réfléchi à l'organisation d'une structure commune avec l'association La Diagonale, qui regroupe les "sarkozystes de gauche".

BERNARD KOUCHNER FAIT RÊVER LES SARKOZYSTES 

"Je gère ceux qui viennent à moi, mais je ne cherche à débaucher personne", explique le député de la Drôme, assurant qu'"aucun grand élu" ne l'a contacté. Donné comme possible ministre d'un premier gouvernement Fillon, il explique que M. Sarkozy "ne lui a rien proposé" et qu'il "ne lui a rien demandé".

Mais l'homme qui fait rêver les sarkozystes s'appelle Bernard Kouchner. Ils ont noté avec satisfaction que l'ancien "French Doctor" s'était élevé contre le procès en diabolisation intenté contre le candidat de l'UMP.

Pour l'heure, M. Kouchner prône "un programme commun avec le centre". Mais si le Mouvement démocrate que s'apprête à lancer François Bayrou échouait ? "Kouchner, je trouverais ça formidable !", s'enthousiasme M. Benamou. "Il n'a pas dit de saloperies", s'est déjà félicité M. Sarkozy. M. Besson n'a pas entendu parler d'un éventuel rapprochement entre les deux hommes : "S'il existe, il m'échappe totalement." Porte-parole du candidat de l'UMP, Rachida Dati, qui entretient des liens d'amitié avec M. Kouchner, pourrait se charger d'une mission de reconnaissance.

Un autre proche de M. Sarkozy évoque des "contacts" avec Martin Hirsch, le directeur de l'association Emmaüs. Il explique toutefois qu'il y a "d'autres façons pour des gens de gauche de servir Sarkozy qu'en entrant au gouvernement". Un élu ironise : "L'ouverture au centre marche trop bien, nous avons plus de candidats que de postes. A gauche, c'est plus problématique : il y a plus de postes que de candidats déclarés."

LE MONDE | 09.05.07 | 15h03  •  Mis à jour le 09.05.07 | 15h12

Philippe Ridet
Article paru dans l'édition du 10.05.07.
 
 
 

Publié dans BIG BANG

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deslilas 10/05/2007 09:24

La fidélité c'est ce qui reste quand on a perdu la foi selon André Comte-Sponville.
Mais pas pour tout le monde, certains peuvent tout abandonner.
Une remarque sur "être démocrate" c'est accepté le verdict des urnes, respecter les prérogatives des pouvoirs, ce n'est pas reprendre à son compte les idées que l'on a combattues parce qu'elles sont devenues - provisoirement - majoritaires lors d'un scrutin.
Il y a une confusion totale entre ce que doit et peut être le comportement d'un fonctionnaire et celui d'un citoyen.
Le fonctionnaire est au service de l'Etat et il contribue à la mise en oeuvre du programme de la majorité - aux réserves près que la clause de conscience peut permettre dans des situations dramatiques.
Le citoyen respecte le choix majoritaire mais n'est nullement obligé d'y adhérer.

Erasme de Metz 09/05/2007 20:04

Je suis d'un naturel pondéré, mais j'ai un peu envie de vomir