« Qu'est ce qui nous divise (encore) ? Gauche contre droite. Peuple contre élites». (Nouvel Observateur, 29/03/2007)

Publié le par François Alex

NouvelObs.com

Peuple-élites

La grande défiance

En pleine campagne présidentielle, au moment même où le traditionnel clivage droite-gauche devrait être à son apogée, 53% des Français interrogés par la Sofres estiment qu'il n'est plus pertinent. Qu'il ne permet plus de répondre aux problèmes qui se posent au pays. C'est naturellement au Front national, qui conteste globalement le système, et à l'UDF, dont le candidat, François Bayrou, a bâti sa campagne sur le rejet de la bipolarisation, que l'on juge les notions de droite et de gauche les plus obsolètes. Chez les électeurs de Ségolène Royal ou de Nicolas Sarkozy, on les estime encore valables, à une faible majorité, il est vrai.

Le phénomène n'est pas nouveau. La prégnance du clivage droite-gauche n'a pas résisté aux alternances à répétition et aux cohabitations. Avant l'arrivée de François Mitterrand au pouvoir en 1981, une majorité, relative certes (43% contre 33%), croyait encore à la pertinence des notions de droite ou de gauche. En janvier 1984, après le virage de la rigueur pris par le gouvernement socialiste, les Français ont changé d'avis. Ils n'en démordront plus. Seules les perspectives de la victoire de la droite aux élections législatives de 1986 et de la réélection de François Mitterrand en 1988 ont redonné quelques couleurs au vieux clivage. Aujourd'hui, ce sont les plus de 65 ans qui y restent le plus attachés, les 24-35 ans le moins.

Beaucoup de valeurs qui étaient naguère discriminantes sont aujourd'hui communes à la gauche et à la droite (voir p. 58 l'article de Claude Weill).

On comprend mieux pourquoi Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy veulent à ce point prendre des distances avec le corpus traditionnel de leur camp.

Désormais, c'est le clivage élites-peuple qui est le plus marqué. Le fossé entre ceux qui dirigent et ceux qui sont dirigés ne cesse de se creuser. En 1989, 43% des Français (contre 48%) estimaient que les élites étaient à la hauteur de leurs responsabilités. Ils ne sont plus que 38% (contre 57%). Le rejet est beaucoup plus fort à gauche et au Front national qu'à droite. Mais il est pratiquement le même, autour de 60%, quels que soient la classe sociale ou le niveau de revenu. Seuls les plus aisés et les plus âgés sont plus indulgents. La défiance vis-à-vis des politiques reste forte : 63% des personnes interrogées estiment que leurs élus ne tiennent pratiquement pas compte de ce qu'ils pensent. Ce sont les milieux populaires - employés, ouvriers, bas salaires - qui sont les plus critiques. Pas étonnant que les Français aient envie d'un vrai changement - c'est le thème des campagnes de Ségo et de Sarko - 50% sont partisans de transformer radicalement ou en profondeur la société - 10% de plus en deux ans ! - et 34% de l'aménager. Cette aspiration à un changement profond est paradoxalement plus forte chez les cadres (63%) que chez les ouvriers (49%) et les employés (48%). Elle est pratiquement égale chez les électeurs de Sarkozy, Royal et Bayrou.

Dernier enseignement de notre sondage, qui en dit long sur le sentiment de déclassement et le pessimisme des Français. 65% d'entre eux estiment appartenir à la classe moyenne inférieure ou à la classe populaire. Et si 66% estiment mieux vivre que leurs parents, 56% pensent que leurs enfants vivront moins bien qu'eux.

Un colloque « Nouvel Observateur »-Fondation Jean-Jaurès

« Qu'est ce qui nous divise (encore) ? Gauche contre droite. Peuple contre élites». C'est le thème du colloque qui se tient samedi 31 mars, de 10 à 17 heures, au Théatre du Gymnase-Marie-Bell, 38, bd Bonne-Nouvelle, 75010 Paris. Inscriptions au 01-40-23-24-05.

Robert Schneider
Le Nouvel Observateur

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